Le Président de la République, Emmanuel Macron s’est exprimé ce lundi depuis la maison d’été du Fort de Brégançon pour dire sa volonté de « protéger et d’anticiper contre des flux migratoires irréguliers » par suite de la débâcle afghane et américaine face aux talibans à Kaboul.

Vingt ans après le début de l’intervention occidentale, le visage de l’Afghanistan est tuméfié. La vengeance ne fait pas une politique. Cette affaire sera étudiée demain comme un cas d’école. Et c’est bien le problème. Deux jours seulement auront suffi pour abolir vingt ans d’efforts. À quel prix ? Près de 100 00 victimes civiles. Sans démocratie ni Etat capable de diriger le territoire.

Il aura fallu que le rapatriement pourtant attendu et prévu de longue date des derniers ressortissants sur place et de nos alliés prenne du retard pour que le Président de la République, Chef des Armées se sente obligé de prendre la parole. Une intervention visiblement mal préparée, inutile d’un point de vue diplomatique (en la matière, on ne crie pas dans le vacarme, sauf à vouloir porter un message différent).

Emmanuel Macron s’est mué en représentant du Vieux Continent qui refuse de prendre sa part dans cet échec uniquement occidental. Il a cru bon de ne pas prendre ses responsabilités quant au rapatriement tardif des Français-e-s sur place alors qu’il est en la matière le seul décideur. Décider de tout, ne se sentir responsable de rien. Ce n’est plus un slogan, c’est la signature d’une politique étrangère.

Il s’est enfin ému de ces « flux migratoires irréguliers », défendant une position européenne pour endiguer l’arrivée des réfugiés afghans. Demande légitime lorsqu’il s’agit d’assurer la sécurité intérieure et donc d’étudier et d’analyser les situations et contextes personnels de celles et ceux qui demandent le refuge. Proposition tout à fait illégitime lorsqu’elle est faite le jour même de la prise de Kaboul et que l’urgence vient d’abord à endiguer la montée des talibans, essayer de rétablir un gouvernement local ou plus généralement tenter d’apaiser la région.

Dans son intervention, le Président de la République fixe d’ailleurs un cadre à l’action de la France : accueillir les réfugiés politiques (« défenseurs des droits, artistes, journalistes et militants ») présentés comme « les plus menacés » en cherchant à endiguer les « flux migratoires », entendre ici la population afghane en général qui pourrait vouloir quitter son pays aujourd’hui. Le droit international fixe en effet une distinction dans la nature de l’octroi du statut de refugié selon qu’on est persécuté pour ses positions politiques ou parce qu’on fuit un pays en guerre. Seulement cette distinction n’empêche pas les uns par rapport aux autres. L’intervention du Président est donc de ce point de vue un contre-sens juridique clair.

Surtout, l’erreur a été de donner l’impression que nous étions davantage inquiets des quelques migrants qui parviendraient jusqu’à notre territoire que de l’émergence d’un émirat islamique au Moyen-Orient qui posera à l’avenir l’essentiel de nos problèmes en matière de lutte contre le terrorisme.

Le Président de la République a réagi sous le coup de l’émotion, versant au débat international une intervention honteuse. Il aura renforcé une politique étrangère obnubilée par les petits intérêts de l’Occident face au péril imposé aux millions d’Afghans qui font face, seuls, à la construction d’un système fasciste à trois heures de Paris.

Finalement, ce discours d’Emmanuel Macron aura affirmé la primauté de la doctrine de l’extrême-droite française, prolongeant l’exercice complexe d’une politique étrangère qui est intervenue au prétexte d’empêcher que le terrorisme ne fasse de nouvelles victimes, qui a elle-même fait des civils le premier contingent de morts et qui semble, même lorsqu’elle prétend s’arrêter continuer de tuer un peuple essoré.

Il faudra alors mettre en garde et dire pour l’avenir que politique étrangère ne peut plus être un outil de communication intérieur. “Les morts vous regardent, croyez-vous qu’ils veulent voir cela ?” (Badinter). 

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