De 1994 à nos jours

Retour sur vingt-sept ans d’un cauchemar qui n’en finit pas, dans l’est de la RDC, où a été instaurée, depuis l’arrivée des génocidaires rwandais en 1994, une terreur sans fin pour les populations. L’armée congolaise (FARDC), avec ses unités spéciales agissant dans l’ombre et profitant de la complicité active ou passive des soldats de l’ONU, est aujourd’hui le moteur principal de massacres cycliques et d’exactions atroces. L’état de siège qui vient d’être proclamé serait le dernier recours selon le pouvoir, mais la situation risque au contraire d’empirer, car les autorités en ont confié la gestion aux mêmes forces responsables de ce chaos meurtrier.

Depuis vingt-sept ans, trois provinces orientales de la République démocratique du Congo (Ituri, Nord et Sud-Kivu) sont le théâtre de violences et atrocités contre les populations civiles. À l’origine de ce cycle infernal, en 1994, l’arrivée des militaires et miliciens exécuteurs du génocide des Tutsi au Rwanda déclenche une succession de guerres et une insécurité généralisée sur l’ensemble de ce territoire, vaste comme six fois la Belgique. Ces anciens génocidaires, mus par le rêve de reconquérir le Rwanda pour aller « terminer le travail » et réarmés avec le soutien de la France et du président de ce qui s’appelait encore le Zaïre, Mobutu Sese Seko, commencèrent à s’en prendre aux populations tutsies congolaises, notamment aux Banyamulenge des hauts plateaux de Fizi, dans le Sud-Kivu. Face aux attaques incessantes, ces derniers se révoltent en 1996, en même temps que les combattants du Mouvement révolutionnaire de libération du Zaïre, dirigé par Masasu Nindaga et réunissant les jeunes (Kadogo) issus de toutes les ethnies du Kivu. Avec l’apport de deux autres formations mineures, un soulèvement général suit qui, en mai 1997, porte au pouvoir une « alliance démocratique » (AFDL) appuyée par le Rwanda et l’Ouganda. Elle est présidée par Laurent-Désiré Kabila qui destitue Mobutu et dont le fils, Joseph, prendra ultérieurement la succession après l’assassinat non élucidé de son père, en 2001.

En 1998, la rupture entre Laurent-Désiré Kabila et ses alliés de Kigali provoque la dite « deuxième guerre du Congo » qui se prolongera jusqu’en 2002, impliquant tous les États de la région, et laissant grand nombre de victimes au sein de la population. Au Nord-Kivu, la présence persistante des anciens génocidaires rwandais – organisés au sein des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), ou intégrés dans l’armée congolaise (FARDC), et alliés du gouvernement –, est à cette époque la cause majeure de conflits armés, déplacements de populations, viols et tueries, qui finiront par provoquer une intervention de l’ONU.

La Mission des Nations unies en RDC (MONUC, devenue MONUSCO en 2010) est ainsi établie par la résolution 1279 du 30 novembre 1999. Elle sera subtilement dévoyée de son mandat, puisque en accord avec les FARDC, elle collaborera avec les FDLR pour s’en prendre à… leurs adversaires du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et du M23. Ces deux rébellions, l’une étant l’héritière de l’autre, s’étaient justement constituées pour combattre les responsables du génocide en quête de revanche. Elles seront liquidées en 2013, grâce à l’intervention d’une brigade spéciale de l’ONU, réputée comme la première force offensive de l’histoire des Casques bleus, mis à part le précédent d’une intervention contre la sécession du Katanga, en 1960-64, aux origines de l’indépendance congolaise [voir encadré]. Toutefois à partir de 2014, la violence s’intensifie. Les tueries deviennent systématiques, œuvre d’une planification certaine. Elles sont organisées avec des méthodologies sophistiquées de dissimulation et accompagnées d’une stratégie cohérente de communication et de désinformation.

Nombreux rapports des Nations unies et des ONG ont dénoncé la main de l’État dans ces carnages contre les civils sévissant depuis octobre 2014 dans le territoire de Beni et, à partir de fin 2017, en Ituri. Au Sud-Kivu, les Banyamulenge font en même temps l’objet d’opérations de nettoyage ethnique par des milices supplétives de l’armée.

2021. Début mai, après un mois de manifestations pour le rétablissement de la sécurité qui ont souvent pris l’allure desoulèvement populaire, le président de la République, Félix Tshisekedi, décrète l’état de siège. Les gouverneurs militaires qui viennent de prendre la place des autorités civiles ont pourtantune réputation sulfureuse et des précédents alarmants de crimes de masse. Un cadre qui ne suscite pas tellement d’espoir pour que les populations de l’Est puissent enfin sortir de ce tunnel noir de peur et de sang.

Ce dossier est un premier éclairage de ces événements, avec un focus sur l’actualité de ce véritable enfer des civils.

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