EPILOGUE

Les colonels au travail – Lacheroy à Alger, juin 1958
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Où l’on voit les rescapés de l’OAS au cœur de l’Internationale noire des années 1970-80. Et une possible deuxième vie, vraiment très clandestine, pour Charles Lacheroy

On a pu lire par ailleurs (dans Le Soleil rouge de Raymond Abellio de Jean Parvulesco, 1986) que les « commandeurs de l’appareil final de l’OAS » se retrouveront aux Baléares, « dans les années 1960 », entre autres pour y entendre Raymond Abellio, penseur très inspiré, rescapé de la Cagoule et de la Collaboration. Il y aurait dispensé des cours de « haute subversion métapolitique » – avec des aperçus sur le terrorisme planétaire dont les conséquences ne se feront pas attendre, même si la dimension à proprement parler planétaire ne se réalisera que longtemps après, comme on sait, livrant ce que Parvulesco (en 1986…) appelait « la passe du troisième millénaire ».

Des séminaires très particuliers, où les lumières croisées de Lacheroy et d’Abellio auront été fertiles, puisqu’on retrouve ces nationalistes devenus « internationalistes » au cœur de ce qui s’appellera l’Internationale noire, animant l’extrême droite et infiltrant l’extrême gauche en Italie. On leur doit surtout le terrorisme aveugle de masse – un nouveau concept promis à un grand avenir –, Piazza Fontana, à Milan (16 morts, en 1969) ou à la gare de Bologne (85 morts, en 1980). Un des condamnés, fameux « repenti », Vincenzo Vinciguerra, témoigne (en prologue du film documentaire L’Orchestre noir, consultable sur Youtube) :

« Comme disait Guérin-Sérac, et comme disent les manuels des services secrets français, la caractéristique du massacre, c’est qu’il frappe la masse. Le terrorisme frappe dans la foule. On frappe la personne désarmée pour susciter la terreur. »

Yves Guérin-Sérac, de cette ultime OAS, réfugié alors lui aussi en Espagne – très plausible participant au séminaire d’Abellio –, sera l’animateur d’Aginter Press, une succursale de la PIDE, la police politique de la dictature portugaise, soutenue par la CIA comme par le SDECE (future DGSE). On prête, entre autres, à Aginter Press l’assassinat d’éminents leaders nationalistes africains – Amilcar Cabral en Guinée-Bissau, Eduardo Mondlane au Mozambique, deux pertes considérables pour leurs peuples, comme pour la nouvelle Afrique (en ceci, les experts de la « guerre révolutionnaire » algérienne ne faisaient que prolonger le travail déjà engagé d’élimination sélective des cadres les plus qualifiés des mouvements indépendantistes).

On sait combien Abellio s’impliquait aussi au Portugal alors, son disciple Dominique de Roux laissant entre autres un livre, Le Cinquième Empire, où il est abondamment question des colonies portugaises comme d’une centrale d’action anti-communiste internationale basée à Lisbonne… De Roux évoque comment son maître allait chercher des valises d’argent à Genève, « des fonds considérables », pour financer les opérations de l’Aginter Press (renommée ANO chez de Roux ou « la société du clou » – pour le clou qu’on plantait sur les cercueils de révolutionnaires…). S’il est vraisemblable que les discours d’Abellio aient « transcendé » l’auditoire des anciens paras rompus déjà à l’action clandestine, il est non moins probable que la direction technique des opérations soit en grande partie revenue à Lacheroy, reconnu par tous comme le grand maître des méthodes à mettre en œuvre…

On ne sait jusqu’où ces « directeurs », Abellio comme Lacheroy, suivront l’action lancée alors, mais l’hypothèse d’un Lacheroy complètement éteint, de son exil à sa mort, est peu consistante avec ce qu’on sait du bonhomme et de l’incroyable hyperactivité dont il faisait preuve depuis une décennie, d’Indochine en Algérie.

L’imaginer grand patron de l’Internationale noire née de l’OAS, c’est avoir de l’imagination.

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