Aujourd’hui, la guerre est partout

Les guerres mondiales ont passé, la guerre froide aussi.

La guerre « contre le terrorisme », elle, semble pouvoir toujours s’étendre et pouvoir n’avoir jamais de fin. De la Syrie au Sahel, de l’Afghanistan au Yémen, du Kivu au Cameroun, la guerre déferle. Il y a les guerres du Kivu, qui n’en finissent pas, et celle du Cameroun, qui flambe. Au Mali, en Centrafrique, au Niger, au Tchad, c’est aussi l’armée française qui intervient, en affichant toujours les meilleures intentions, et trop souvent, en fait, pour le pire.

À Hong-Kong, à Caracas, à Beyrouth, à Goma, à Barcelone, à Lomé, à Santiago, à Nantes, à Alger…, dans les rues, sur les places ou sur les ronds-points, les nouvelles politiques de « maintien de l’ordre » intègrent les moyens militaires et appliquent les recettes de la contre-insurrection, de la guerre révolutionnaire, mise aujourd’hui en œuvre sous de multiples formes et dans le monde entier.

Partout, les méthodes employées comme les raisonnements, tactiques ou stratégiques, s’inscrivent dans le cadre de la théorie de la guerre révolutionnaire, élaborées dans les années 1950 en Indochine, puis en Algérie, par l’école militaire française. Son manifeste, paru en 1961, œuvre du colonel Roger Trinquier, s’intitule La Guerre moderne. Nous nous permettons d’emprunter pour notre observatoire et notre revue sa formule qui, loin de vieillir, sera devenue si parfaitement d’actualité aujourd’hui.

Théorie de la guerre contre-révolutionnaire, contre-insurrectionnelle, anti-subversive, appelée aussi « guerre psychologique » ou « guerre de basse intensité », elle a été adoptée par toutes les armées, mais d’abord aux États-Unis, pour la guerre du Vietnam comme pour le combat anti-communiste, en Amérique latine. On prend la mesure, dans de récents travaux outre-Atlantique, de l’importance que la doctrine française aura eue aussi dans la gestion de l’opposition intérieure aux USA, quand il s’agissait, par exemple, dans les années 1960, de réprimer les Black Panthers, mais tout particulièrement aujourd’hui, avec la militarisation de la répression des mouvements politiques et sociaux, de Standing Rock à Baltimore. Une radicalisation qui remonterait aux environs du début du siècle, à un certain 11 septembre.

Guerre moderne aura aussi l’occasion d’explorer les méandres de la doctrine de la guerre révolutionnaire, structurée comme pour répondre à un terrorisme qu’elle suscite au besoin.

Une revue, un site et des livres

Guerre moderne aspire à rendre compte de l’actualité comme de l’histoire, cherchant toujours à comprendre : examiner les faits et documenter ces conflits dans un esprit de recherche de la vérité. D’abord connaître, pour ensuite se faire une opinion. Elle exigera de ses collaborateurs la plus grande rigueur dans la collecte des informations. Les points de vue seront uniquement édités « à l’anglo-saxonne », séparément des enquêtes, dans une section éditoriale où la revue s’engage à exprimer sa position sur les phénomènes décrits.

Guerre moderne se veut également une revue de livres, de tous les livres qui témoignent, racontent ou décrivent la guerre comme elle se fait aujourd’hui. La revue, comme son site Internet, consacreront un large espace aux recensions et commentaires de livres et de revues.

Le site guerremoderne.com se veut comme le prolongement de la revue. D’ores et déjà Guerre moderne s’appuie sur L’Agence d’information, créée en 2013 pour suivre les guerres africaines et plus particulièrement les guerres du Kivu.

Guerre moderne, c’est aussi une collection de livres, coédités par les éditions L’Esprit frappeur et les éditions Izuba.

Un observatoire de la guerre

Guerre moderne s’attache à rendre compte de tous ces conflits qui ne sont pas d’un autre âge, ni résiduels, mais bien la forme de la violence qui se déchaîne à notre époque.

Cela fait maintenant un quart de siècle, depuis la guerre de Bosnie et le génocide des Tutsi au Rwanda, qu’une nouvelle génération de chercheurs s’est intéressée à connaître la pensée et les stratégies mises en œuvre dans ces guerres modernes. On a ainsi pu remonter à Clausewitz, et son analyse des guerres napoléoniennes, ou entrevoir Ludendorff, grand stratège de la Première Guerre mondiale, auteur ensuite de La Guerre totale qui inspirera ses successeurs, mais c’est surtout la pensée élaborée à l’école de guerre française depuis les années 1950 qui nous intéressera. Ce sont les théories du colonel Lacheroy, vulgarisées par le colonel Trinquier, cette doctrine de la « guerre révolutionnaire », ailleurs nommée « DGR ».

De la répression opposée aux zadistes ou aux Gilets jaunes, jusqu’aux guerres « géopolitiques » d’Afghanistan, d’Irak ou de Syrie, en passant par le contrôle sauvage de l’immigration installé au sud de la Méditerranée, sous-traité maintenant aux États de transit, eux-mêmes terres d’émigration… la guerre révolutionnaire est aujourd’hui en action partout, à « l’extérieur » comme à « l’intérieur », une distinction que la DGR tend à effacer.

Un observatoire critique

Guerre moderne se propose d’être un observatoire de la guerre, multimédia et pluridisciplinaire. Connaître, documenter et comprendre ces phénomènes souvent déroutants car bien souvent organisés pour l’être.

« Éclairer l’obscur », comme disait un grand historien, Lucien Febvre, dont la parole s’applique à notre temps particulièrement obscurci par le déchaînement de cette théorie confusionniste de la guerre.

Nous appelons tous les chercheurs, militants et journalistes à contribuer à ce travail de recherche sur les conflits d’hier et d’aujourd’hui. Nous appelons le public à apporter son soutien financier à travers les campagnes de financement participatif nécessaire au lancement de ce projet : la recherche a besoin de moyens, nécessaires pour garantir le meilleur fonctionnement de cet observatoire critique.

Résolument critique.

Guerre Moderne
20 juillet 2018

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