Hubert Védrine ne sera pas présent à l’ouverture des Rencontres d’Arles

«L’ex-ministre français Hubert Védrine, président du conseil d’administration des Rencontres internationales de la photographie d’Arles, a annoncé qu’il ne sera pas présent lors de la semaine d’ouverture du festival début juillet, après une polémique sur ses propos sur le génocide des Tutsi et une pétition réclamant sa démission.»

Rwanda/pétition: Hubert Védrine ne sera pas présent à l’ouverture des Rencontres d’Arles, Mediapart, 25 juin 2021

« Au nom de la mémoire des victimes du génocide des Tutsi, et afin que la réputation de cet événement ne soit pas entachée par la présence d’un président désormais disqualifié (…) nous demandons à Hubert Védrine de bien vouloir se mettre en retrait de la présidence des Rencontres » demandaient les pétitionnaires.


Hubert Védrine a « exprimé dans une revue à droite de l’extrême-droite, Éléments, sa “nostalgie” de l’époque où les journaux étaient “mieux tenus” » rappelle Guillaume Ancel. Il questionne le rôle joué, au Rwanda pendant le génocide contre les Tusti, et jusqu’à aujourd’hui dans la contestation des faits, par Hubert Védrine, dans plusieurs textes, dont ceux-ci:

Rwanda, la fuite en arrière d’Hubert Védrine
Dictionnaire amoureux des mensonges et omissions d’Hubert Védrine sur le soutien de l’Elysée aux génocidaires rwandais
Rwanda : Hubert Védrine sur le point de lancer une « contre-commission » pour fuir ses responsabilités et impliquer ceux qui pourraient se voir reprocher ce désastre français et les mensonges qui ont suivi ?

Dès 2008, Georges Kapler et Jacques Morel revenaient dans La Nuit rwandaise sur celui qui était, entre 1991 et 1995, secrétaire général de l’Élysée.


Hubert Védrine chez Élements, moins anodin qu’il n’y paraît

TVL - Capture d'écran

TVL©

Il est moins anodin qu’il n’y paraît qu’Hubert Védrine consacre un entretien à la revue Éléments en mai dernier (Éléments, n°190, juin-juillet 2021). Le « gardien de l’inavouable[1] » de la mitterrandie, secrétaire général de l’Élysée de 1991 à 1995, soit pendant que se préparait puis se déroulait le génocide contre les Tutsi au Rwanda sous coopération –voire supervision[2]– française, est un adepte des théories « ethnodifférencialistes » promues par la Nouvelle Droite et un « héritier » du fascisme français.

« Un fils ne saurait être rendu responsable des actes de son père, mais il paraît incontestable qu’Hubert Védrine a bénéficié, pour rentrer à l’Élysée en 1981, des relations de son père avec François Mitterrand, nouées à Vichy et poursuivies sous la IVe République » rappellent Jacques Morel et Georges Kapler.

Jean Védrine, son père donc, selon les archives de la Préfecture de police (PJ52, CSAR), faisait partie de La Cagoule, aussi appelée « Comité secret d’action révolutionnaire », organisation anticommuniste créée par Eugène Deloncle et qui commit des assassinats et tenta des putschs en France (comme celui du 16 novembre 1937) rappellent Jacques Morel et Georges Kapler[3] , précisant que « le MSR de Deloncle fit sauter des synagogues sous l’Occupation ».

Michel Sitbon, dans La mémoire N[*], explique que « sans la racine synarchiste, archi-liée au Vatican et à son Opus dei, on ne peut pas comprendre la politique génocidaire de Mitterrand au Rwanda ».

Sans plus ici s’attarder sur ce qui mériterait un très large développement –et qui sera l’objet d’un dossier spécifique dans Guerre Moderne– rappelons que pendant que les troupes génocidaires rwandaises, alliées aux forces françaises qui ont participé à leur exfiltration et leur réarmement au Congo voisin, tentaient, après le génocide, de reprendre militairement une partie du Rwanda, Hubert Védrine proposait « audacieusement » dans L’Express une partition du pays, selon une base ethnique.

BG

Ce texte est une mise à jour de l’encart Éléments et l’ « ethnodifférentialisme »
de l’article «Islamo-gauchisme» : l’offensive réussie de la «Nouvelle Alt-droite» française

Màj du 2 juillet 2021 à 17h00:
On lira avec intérêt: Frédéric Martel : Cynisme, détestation des droits de l’homme… La fin du “védrinisme”, L’Express, mis à jour le

«La détestation des droits de l’homme est le fil conducteur de ce dictionnaire et la matrice intellectuelle du “védrinisme” (…) Son entrée sur le Rwanda permet, en complément du rapport Duclert, de comprendre l’aveuglement de la cellule élyséenne qui a “géré” l’affaire rwandaise. C’est un ramassis de contre-vérités indigne d’un homme de gauche.»
Frédéric Martel

Notes

1 – Jacques Morel, Goerges Kapler, Hubert Védrine, gardien de l’Inavouable, La Nuit rwandaise, n°2, 2008.

2 – Guerre Moderne reviendra dans une série d’articles sur la question de la participation ou de la complicité de l’État français — et de l’église – dans le génocide commis contre les Tutsi au Rwanda. Déjà sur ce site: Bruno Boudiguet, France-Rwanda : « la justice est absolument nécessaire pour pouvoir avancer », entretien avec­ Yolande Mukagasana et Stéphane Banarjee, La France au Rwanda : de « responsable mais pas coupable » à « responsable mais pas complice ».

3 – se référant à Jean-Paul Gouteux, La nuit rwandaise. L’implication française dans le dernier génocide du XXeme siècle, p. 503 et A. Lacroix-Riz, Le choix de la défaite, p. 298-299 et R. Paxton, La France de Vichy, p. 243.

Plus d’informations sur « le retour en force » de la revue Éléments:

— Simon Blin, « Eléments, la revue du confusionnisme », Libération, 17 octobre 2019 : « le magazine lancé en 1973 par Alain de Benoist pour promouvoir les idées de la nouvelle droite s’est fait une spécialité du double langage, conviant dans ses colonnes aussi bien des figures identitaires que des universitaires classés à gauche. »

— Catherine Golliau, « Pourquoi l’extrême droite ouvre ses revues aux penseurs de gauche », Le Point, 23 février 2018.

— Yvon Quiniou, « Eléments: le retour en force d’une revue réactionnaire », Le blog de Yvon Quiniou, Mediapart, 6 juin 2016.

Illustration:
capture d’écran: TVL, TV5 Monde


*La mémoire n

Présentation sur le site de l’éditeur (Aviso):

La mémoire n, qui désigne en mathématiques la mémoire inconnue, est cette mémoire politique méconnue, enfouie et qui pourtant pèse tant sur nos vies.

Michel Sitbon nous propose une plongée dans les origines du fascisme français à travers la synarchie, courant d’idées d’où naissent différentes choses : d’abord le courant religieux occultiste, à travers la figure intellectuelle du précurseur Saint-Yves d’Alveydre, inventeur du concept de synarchie et père d’un renouveau de l’ésotérisme, qui influencera le fascisme français et allemand. La réhabilitation du corporatisme en place dans la société religieuse du Moyen-Âge, prônée par Saint-Yves, inspirera les théoriciens politiques conservateurs, animés désormais de la volonté d’absorber le socialisme pour mieux contrôler les soubresauts révolutionnaires qui agitent alors la société depuis plus d’un siècle. Au tournant du XXe siècle, la pensée de Saint-Yves donne le cadre général de cette mutation de la pensée des classes dominantes, qui s’approprie les notions de nationalisme, d’antisémitisme.

Un autre courant naît après la crise de 29, courant élitiste et technocratique parmi les étudiants de l’école polytechnique qui forment un groupe nommé X-Crise, où ils se livreront à un travail de réflexion poussé autour des notions de dirigisme, ou planisme. Ils fourniront un arsenal intellectuel qui servira d’abord à Blum, mais plus encore au régime de Pétain, et même pour les IVe et Ve République.

Inspirée par ces courants de pensée, une branche “militaire” dirigée par Eugène Deloncle, la Cagoule, est un groupe terroriste financé par l’incontournable Eugène Schueller, fondateur de l’entreprise de cosmétique L’Oréal.

Un personnage central va naviguer aux confluences de ces trois courants : dirigeant du parti fasciste ”social-révolutionnaire” sous le régime du maréchal Pétain, Georges Soulès, qui prendra après-guerre le pseudonyme de Raymond Abellio, participera aussi bien au renouvellement du fascisme qu’on connaît qu’à la théorisation du terrorisme planétaire, jusqu’au cœur des années Mitterrand.

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