02/07/2021

« A 6h08 à Beni-Rwangoma, seuls les oiseaux chantent et les personnes de grand cœur n’ont pas abandonné leurs maisons. Même les hôpitaux de la place ont cessé d’œuvrer craignant l’insécurité. »

Lu ce matin dans un groupe Whatsapp de Béniciens, avec l’image des ruelles désertes bordées de touffes de verdure, le texte témoigne du désarroi des habitants de la cité-martyre. 

 

Depuis bientôt sept ans, désolation et peur règnent dans ce territoire de l’est de la République démocratique du Congo (RDC),  où les incursions des bandes de tueurs étiquetées « ADF » ont fait environ 6000 victimes et des centaines de disparus.

Hier, pour la première fois depuis un an, les assaillants, d’habitude opérationnels dans les campagnes, ont attaqué en milieu urbain. Dix personnes ont été égorgées et plusieurs enlevées. A Mambasa, dans la province voisine de l’Ituri, douze civils ont été brûlés vifs par les mêmes groupuscules qui sèment la mort tout au long de la Route Nationale 4 sans être guère inquiétés par les militaires.

L’état de siège promulgué début mai par décret du président de la république Félix Tshisekedi n’a pas arrêté les équipées sanglantes, au contraire. « L’état de siège plus le couvre-feu favorisent les massacres. Enfermer la population  de Beni signifie interdire à la jeunesse d’assurer la surveillance citoyenne dans les quartiers pour repérer les intrusions ennemies. Une ville non surveillée est un abattoir qui attend l’arrivée des bouchers », affirme un analyste politique originaire de Beni.

Ainsi hier, les Béniciens sont descendus dans la rue en dépit de l’interdiction de manifester établie par le général Constant Ndima, gouverneur du Nord-Kivu. Un ras-le-bol contre l’attitude de l’armée (FARDC) qui demeure passive pendant les carnages et se limite à des opérations de communication tardives et faisant état de l’arrestation, voire de la neutralisation de quelques assaillants, dont on ne voit jamais ni la présentation à la justice, ni les corps.

Quand les langues se délient, malgré les lois de guerre instaurées avec les restrictions conséquentes, les accusations fusent contre les autorités, soupçonnées d’avoir proclamé l’état de siège non pour éradiquer les escadrons de la mort, mais pour mettre sous contrôle la population qui risquait de se retourner contre le pouvoir.

«”FARDC = ADF”, “État de siège = zéro“, ont crié ces manifestants, avant d’être dispersés par la police à coups de gaz lacrymogène, a constaté le correspondant de l’AFP. Six d’entre eux ont été interpellés par la police».
— Georges Ibrahim Tounkara (avec agences), RDC : manifestations à Beni après de nouveaux massacres, Deutsche Welle, 1 juillet 2021

La conviction de liens souterrains entre un réseau parallèle des FARDC et les tueurs, dont le label « ADF » serait postiche, alimente un malaise qui se transforme de plus en plus en révolte. D’autant que ces obscures connivences ont été systématiquement mises en évidence par les rapports de l’ONU et d’autres chercheurs indépendants.

 

LE

 

Illustration:
Butembo, North-kivu, DRC. 15 November 2017.
MONUSCO Photos (CC BY-SA 2.0)

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