Jeux troubles

Où l’on voit la politique du chaos mise en œuvre par Kinshasa, consistant à entretenir l’insécurité dans l’est du Congo avec le soutien tacite des forces de l’ONU, non moins dénoncée par le HCR, autre organisme de l’ONU…

« Le nombre de violations des droits de l’homme continue d’augmenter en RDC… Celui des personnes tuées a explosé. » Au 1er semestre 2020, le nombre de personnes tuées par les groupes armés (1 315) avait plus que triplé par rapport à la même période en 2019 (416), selon un rapport du Bureau des droits de l’homme des Nations unies, publié le 5 août dernier.

D’après un communiqué du 24 février de l’ONG américaine Kivu Security, plus de 10 000 victimes civiles des conflits dans le Kivu ont été enregistrées depuis le début de ses relevés en juin 2017. Les forces de sécurité sont tenues pour responsables d’une bonne partie de ces meurtres.

De son côté, dans une note publiée le 21 janvier, « le coordonnateur humanitaire en République démocratique du Congo, David McLachlan-Karr, condamne fermement les massacres, les enlèvements et autres atteintes aux droits de l’homme, perpétrés cycliquement par les éléments armés dans le territoire de Beni, à l’encontre d’une population civile impuissante… Depuis novembre 2019, les violences se multiplient à Beni et se sont étendues sur les territoires frontaliers d’Irumu et de Mambasa, dans la province de l’Ituri. »

Épicentre des meurtres contre les civils dans l’est de la RDC, le territoire de Beni est depuis octobre 2014 ensanglanté par un cycle de tueries ininterrompu, dont la continuité, comme la méthodologie qui apparaît à travers les témoignages recueillis, dévoilent une planification de type militaire. Nombreux sont les officiers de l’armée congolaise (FARDC) dénoncés pour leur implication dans les carnages par les experts de l’ONU et de centres de recherche comme le GEC (Groupe d’étude sur le Congo). Des sources proches des chancelleries évoquent une stratégie de la terreur de la part du pouvoir. Son but serait de tenir sous contrôle les populations des provinces orientales d’où, historiquement, sont parties toutes les rébellions. L’avis est partagé par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), selon lequel les atrocités « s’inscrivent dans le cadre d’une approche systématique visant à perturber la vie des civils, à semer la peur et à provoquer le chaos » (communiqué du 16 février).

Ainsi, des rencontres entre les responsables des FARDC et les dirigeants des groupes qui tuent sont périodiquement signalées par des fuites venant pour la plupart de la Mission des Nations unies en RDC (MONUSCO).

Si les chiffres indiqués ci-dessus sont vraisemblablement au-dessous de la réalité, ils attestent la permanence de cette politique de la terreur qui, engagée dans la période kabiliste, persiste sous la présidence de Félix Tshisekedi, installé à la magistrature suprême depuis janvier 2019.

Tueries, disparitions forcées, confiscations de terres, kidnappings et viols produisent une terreur généralisée. En août dernier, le nombre de déplacés internes était de plus de 5 millions de personnes dans l’ensemble du pays, pour la plupart à l’est. À quoi s’ajoute une insécurité alimentaire qui est au niveau le plus élevé jamais enregistré : 20 millions de personnes seraient touchées, dont plus de 5 millions en situation d’extrême urgence, selon l’ONU.

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