Éclairage

Où l’on revient sur l’épopée d’Iyad Ag-Ghali, leader touareg, associé d’Al-Qaida et fédérateur de la rébellion au nord du pays… Ouvert aux négociations avec le gouvernement, et non moins ennemi numéro 1, vu de Paris comme l’homme à abattre…

GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) ou JNIM, selon l’acronyme arabe repris par la presse anglaise (Jamā’at nurat al-islām wal-muslimīn), est un groupe issu de la fusion de AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) et de Ansar Dine, autre groupe fondamentaliste, aux caractéristiques plus nettement endogènes. Son leader, Iyad Ag-Ghali, était à la tête d’une première rébellion touarègue en 1990-96, et de divers mouvements nationalistes touareg ensuite. Il se convertira à l’intégrisme « djihadiste » après la chute de Kadhafi, son protecteur régional, en 2011, à l’heure où nombre de miliciens, comme lui, quittaient la Libye en déshérence, non sans emporter armes et bagages, et surtout les indispensables 4×4, reines du désert. Iyad Ag-Ghali prospèrera dans sa nouvelle carrière d’islamiste au point de fusionner son groupe Ansar Dine avec AQMI, en conservant la tête de la nouvelle entité fédératrice. Aujourd’hui, une véritable paix pourrait bien être en train de se négocier avec lui, le nouveau régime – issu d’un coup d’État militaire en août 2020 – semblant vouloir tourner le dos à la politique éradicatrice inspirée et coordonnée par la France.

Le radicalisme français trouve sa source dans une rhétorique « anti-terroriste », et anti-islamiste, dramatiquement égarée dans la stigmatisation des Peuls, victimes d’une entreprise systématique qui n’aura pas manqué d’être dénoncée pour des actes de nature génocidaire, des Peuls se faisant exterminer par villages entiers – évoquant mutatis mutandis, par exemple, le génocide des Indiens de l’Ouest américain, dans la foulée de la guerre de Sécession, au XIXe siècle. Une politique dont tous les observateurs soulignent qu’en ignorant les racines sociales des conflits, elle conduit seulement à plus de chaos, se fondant de plus sur l’instrumentalisation d’un racisme anti-Peul plus que malvenu, assimilant un peu vite un très grand peuple à une poignée de djihadistes, suivant les éternelles visions simplificatrices, et ethnistes, des « stratèges » de l’armée française, mises en lumière spectaculairement par le récent rapport Duclert sur le génocide des Tutsi.

Il n’en reste pas moins que ces négociations entre Bamako et le principal groupe insurgé, appuyées par tous les acteurs régionaux, pourraient bien être une voie fertile. Personne n’a oublié que celui qui mène cette ouverture diplomatique, Iyad Ag-Ghali, avait su mettre un terme à la rébellion des années 1990-96, en dissolvant son mouvement et en entrant même au gouvernement. Et personne ne peut contester non plus à Iyad Ag-Ghali d’être plus qu’un chef de bande terroriste, un authentique leader politique dans une des régions les plus déshéritées du monde.

On ne peut que relever la constance du positionnement anti-séparatiste de l’actuel leader de GSIM, tout au long de sa carrière, jusqu’à participer à une première paix, obtenue dans un cadre unitaire, puis combattre les séparatistes dans son propre parti, et refuser encore aujourd’hui toute hypothèse autre qu’une solution malienne. Des évidences invisibles pour Paris qui, là comme ailleurs, espère plus dans la prolongation et l’aggravation du chaos que dans des solutions politiques qui pourraient bien… exclure la France, dont l’impopularité dans l’espace de ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest atteint un degré probablement irréversible. Et il n’est pas interdit d’entrevoir qu’il n’y aura bientôt plus qu’à remballer les prétentions françafricaines au pillage des ressources – comme la perpétuelle mascarade militaire, à la fois dispendieuse et cruelle, de fait quotidiennement criminelle.

Plus d’information:
Le massacre de Bounti, « bilan positif » pour Barkhane ? (sur ce site)

close

La newsletter

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.