MANIFESTATIONS

Nombreux sont ceux à rappeler que c’est la police – donc l’État – qui « fixe le niveau de violence » des manifestations. « Appariteurs » hier, « infiltrés » ou Black blocs aujourd’hui peuvent être mis à contribution ou instrumentalisés quand le dispositif – nassage, lacrymos, grenades… – mis en place par les préfectures n’a pas pour effet d’énerver suffisamment les manifestants et donc d’atteindre le niveau de violence attendu.

Pour reprendre les mots du criminologue Jean-Paul Brodeur, « l’urgence et le potentiel de violence » sont aussi « le produit d’une mise en forme de ces situations par les policiers eux-mêmes pour justifier l’intransigeance de leur intervention ».

Il est significatif que ce soit Didier Lallement qui ait été appelé à occuper le poste de préfet dans la capitale : il s’était illustré en Nouvelle-Aquitaine, où, déjà comme préfet, il avait su déployer une brutalité remarquée.

Les exactions commises sous son autorité à l’encontre des Gilets jaunes le firent appeler par Macron à Paris pour diriger la préfecture de police ou « PP » en remplacement d’un Michel Delpuech qui n’avait pas su préserver l’un des symboles de la République, le Fouquet’s.

« L’Observatoire Girondin des libertés publiques s’inquiète des atteintes disproportionnées au droit de manifester découlant de la mise en œuvre de techniques très répressives du maintien de l’ordre ayant entraîné un basculement de manifestations en émeutes. » — OGLP, 21 décembre 2018

Le préfet Lallement, s’inspirant de la doctrine militaire, met l’appareil policier au service d’un « camp », dans une logique d’affrontement avec la population.

Ces méthodes seront appliquées à Paris, et même renforcées.

La « doctrine Lallement » où il est clairement indiqué qu’il faut « impacter » les manifestants – aller « au contact » – sera, à Paris comme à Bordeaux, dénoncée, y compris par des policiers jugeant les méthodes employées « contraires à la législation ainsi qu’à la réglementation en vigueur ».

Cette modification de la « doctrine d’emploi » de la police —il ne s’agit plus de garantir un droit constitutionnel, assurer le bon déroulement des manifestations et la sécurité des manifestants, mais de réprimer ces derniers— s’est appliquée durant tout le mouvement des Gilets jaunes, et depuis, lors des mobilisations sociales.

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Plus d’information:
Rapport d’enquête sur le maintien de l’ordre à Bordeaux du 17 Novembre 2018 au 16 Février 2019, OGPL, 29 avril 2019
— Philippe Rivière, Ivan du Roy et Ludo Simbille, Entre 1977 et 2020, 746 morts suite à l’action des forces de l’ordre, dont 26 lors d’opérations anti-terroristes, et 78 du fait d’un agent en dehors de son service, BastaMag (Infographie).

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Cette brève fait partie de l’article:
Sécurité globale : la guerre de l’information
Illustration: https://desarmons.net/

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