Le général Éric Vidaud sur France 24, une interview très « spéciale »…

par | 5 Juin 2021 | Brèves

OPÉRATIONS SPÉCIALES

Réalisée en plein désert, l’interview « Innover pour surprendre l’ennemi » conduite par la journaliste Armelle Charrier de la chaîne France 24 met les pleins feux sur le général Eric Vidaud[1], commandant des forces spéciales françaises au Sahel —la Task force Sabre— qui revient notamment sur la « traque » menée contre Abdelmalek Droukdel, il y a tout juste un an et ayant permis sa « neutralisation ».

Cette interview s’impose à l’attention pour trois raisons.

 

Général Eric Vidaud - France24

Le général de division Eric Vidaud – Interview de France 24 – Capture d’écran (Youtube)

Primo, elle est datée du 3 juin. Le même jour, le président Macron annonçait la suspension des opérations militaires conjointes avec l’armée malienne (FAMa) suite au coup de force de la junte au pouvoir à Bamako, qui avait limogé les président et premier ministre civils de la transition et installé à la tête de l’État le colonel Assimi Goïta, l’homme fort du pays.

Une manière de souligner que l’arrêt, déclaré temporaire, de cette coopération ne veut pas dire cessation des interventions des forces spéciales françaises. Au contraire, elles continueront à se dérouler, surtout par voix aérienne[2], pour des attaques ciblées.

« Ag Ghali est la priorité numéro une puisque c’est lui qui est à l’origine des attentats de Ouagadougou. C’est lui qui est à l’origine des prises d’otages. Et pour nous, c’est la personne qu’il faut absolument réussir à capturer, voire neutraliser si ce n’est pas possible de le capturer, dans les prochains mois. » —Général Éric Vidaud

Secundo, la première et la plus importante de ces opérations est annoncée sans ambages et avec un ton martial. Il s’agit de la neutralisation d’Iyad Ag Ghali, le chef touareg du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), l’une des deux principales formations djihadistes (que l’on dit en bonnes relations avec l’Algérie), l’autre étant l’EIGS, l’État islamique au Grand Sahel.

Avec le GSIM, qui bénéficie d’une indiscutable présence parmi les populations des régions centrales, les autorités maliennes sont depuis quelque temps en train de négocier.  Devant caméra et micro, le général Vidaud n’a pas manqué de souligner ainsi, sur un ton musclé, le désaccord drastique de la France avec ces pourparlers. Ce qui serait en réalité la vraie raison de la brouille de Paris avec la junte.

Terzio, le profil du général fait réfléchir sur le crédit à accorder absolument à ses mots. Il est non seulement le commandant des forces spéciales françaises au Sahel, car il dirige, depuis juillet 2019, le tout puissant COS, le Commandement des Opérations Spéciales, fer de lance de l’armée française et de ses percées africaines, au Rwanda comme en Côte d’Ivoire.

Vidaud en était déjà chef d’État-major en 2012, lorsque il est nommé au ministère de la Défense en tant que chef du « très sensible » bureau chargé des relations du COS avec les renseignements, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et la Direction du renseignement militaire (DRM).

Pendant l’entretient accordé à France 24, on notera que l’officier vante la collaboration, dans le théâtre sahélien, de ces trois centres de pouvoir militaire, qu’il appelle « l’Équipe France »… bref, le cœur des actions secrètes, des ventes d’armes et autres interceptions de sécurité.

« Seul, on ne sait rien faire seul. Donc on travaille d’abord en complémentarité avec la force Barkhane. Et puis, on travaille en partenariat avec les services français, les capacités conventionnelles aussi françaises qui nous aident avec les drones, avec les satellites à obtenir du renseignement et donc, c’est vraiment un travail d’équipe. Moi, je dis à chaque fois, c’est l’Équipe France qui permet d’arriver à ce résultat. Équipe France soutenue aussi, il faut bien le rappeler, par nos amis américains. » —Général Éric Vidaud

De cet ancien chef de corps du 1er RPIMa (régiment parachutiste d’infanterie de marine), l’un des fleurons de la « coloniale », on remarquera également pendant l’entretien, ses allusions au partenariat avec « nos amis américains »[3] et la mise en évidence de l’importance de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT)[4] d’Abidjan, une autre œuvre du COS, inscrivant ainsi dans la durée l’intervention de l’armée française au Sahel.

« Donc, nous travaillons à travers ce qu’on appelle le partenariat militaire opérationnel à former, à accompagner les forces locales avoisinantes. Il s’agit d’abord du Burkina Faso, où nous formons les forces spéciales burkinabées, mais aussi en Côte d’Ivoire. Nous accompagnons les forces ivoiriennes et nous avons créé à cet effet en Côte d’Ivoire, près d’Abidjan, ce qu’on appelle l’Académie internationale de la lutte contre le terrorisme qui, quelque part, verra arriver, accueillir toutes les forces spéciales avoisinantes pour des formations complémentaires qui leur permettront d’être au bon niveau et de faire face à la menace dans leur pays. Cette académie a été initiée par le COS, le commandement des opérations spéciales. Mais aujourd’hui, elle est sous la direction de la coopération de sécurité et de défense du Quai d’Orsay. » —Général Éric Vidaud

LE

Notes:

1/ Le général de division Éric Vidaud était en charge de la neutralisation, le 3 juin 2020, de Abdelmalek Droukdal, chef d’Al Qaïda au Maghreb islamique, tué lors d’une opération conduite dans le nord du Mali par les forces françaises. «Les fondements du contre-terrorisme pour le COS remontent à la composante « force spéciale » de la Task force La Fayette en Afghanistan (…) J’ai orienté les actions de la Task force Sabre selon les trois axes définis par le Président de la République : l’attrition des groupes terroristes, la sahélisation et l’internationalisation. (…)Tout d’abord la Task force Sabre a une triple mission : elle mène des opérations de neutralisation, principalement contre la chaîne de commandement des principaux leaders d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et de l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), et plus largement contre les capacités militaires de ces groupes terroristes ; elle forme des unités d’élite chez nos partenaires ; elle répond, dans l’urgence, à des menaces à l’encontre des intérêts stratégiques français et de nos ressortissants dans la région» rappelle le général Éric Vidaud lors de son audition à l’Assemblée :  « COS / Forces spéciales : Audition du général Éric Vidaud à La Commission Défense de l’Assemblée nationale (13 janvier 2021) », Theatrum Belli, 3 mars 2021.

2/ La force Sabre, déployée en soutien à l’opération Barkhane au Sahel, est uniquement française, contrairement à la force Takuba. Elle est composée des commandos d’élite français des trois armées et « multiplie les raids de nuit pour traquer et cibler les terroristes ». A la suite de l’interview du général Vidaud, les forces spéciales françaises de l’opération Sabre ont finalisé leur plan de communication en autorisant France 24 à suivre un de leur entraînement. La chaîne française avait déjà réalisé un « Reportage exclusif » en décembre 2017, « Contre-terrorisme : les forces spéciales françaises dans l’immensité sahélienne », comme la radio RFI, « Coups de Sabre : les commandos français au Sahel et au Sahara ».

 3/ Florence Parly au Sénat le 18 juin 2020 à propos de l’opération Barkhane : Sahel, Sans le renseignement américain, Droukdal serait toujours vivant.

4/ En 2017, Alassane Ouatarra et  Emmanuel Macron annonçaient la création de l’Académie internationale  de lutte contre le terrorisme (AILCT) . 300 stagiaires ont été formés depuis 2017 selon l’AFP.

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