Le 5 février 2019, Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, rappelait que depuis le 17 novembre 2018, en moins de trois mois donc, il y avait eu en France « plus de 35 000 manifestations ». Près de 400 manifestations par jour (!) dans l’Hexagone et les territoires d’outre-mer où partout les mobilisations sociales se seront multipliées à un rythme jusque-là inconnu et que seul aura pu interrompre l’état d’urgence sanitaire mis en place dans le cadre de la lutte contre le Covid 19.

Est souvent suggéré que les forces de police auraient « perdu la bataille » lors de l’acte III des manifestations de Gilets jaunes sur les Champs-Élysées. On peut constater au contraire que le 1er décembre, les personnes aux commandes des forces de l’ordre auront fait basculer la manifestation en « guérilla urbaine ». Est ainsi rapporté que les manifestants auront été « nassés » sans sortie possible sur la place de l’Étoile et qu’ils y auront pendant de longues heures goûté aux lacrymos et aux grenades de la police. Une partie d’entre eux aura donc fini par pénétrer dans l’Arc de triomphe, qui n’était étonnamment pas protégé, sous l’œil des caméras de TF1 et de LCI présentes sur place pour filmer « comment des pilleurs et des casseurs ont pu saccager l’intérieur du monument. »

« Les coupables de ces violences ne veulent pas de changement, ne veulent aucune amélioration, ils veulent le chaos. »
— Emmanuel Macron, 1er décembre 2018

Les revendications des milliers de Français mobilisés contre la politique gouvernementale s’effaçaient ainsi au profit du récit de la violence des manifestants et le samedi suivant, 8 décembre, une répression policière des plus brutales pouvait alors se déployer. Les évolutions tactiques mises en place lors de cet acte IV des Gilets jaunes ainsi que l’arsenal législatif très répressif utilisé sont désormais la référence des opérations de maintien de l’ordre. Le niveau de répression s’est en effet maintenu durant les manifestations suivantes au profit d’une modification de la doctrine d’emploi de la police : il ne s’agit plus de garantir un droit constitutionnel – assurer le bon déroulement des manifestations et la sécurité des manifestants – mais de réprimer ces derniers.

« Allez-y franchement, n’hésitez pas à percuter. Ça fera réfléchir les suivants. »
Consigne donnée aux CRS.

Anticipant les mobilisations sociales, empêchées durant la crise du Covid mais qui déjà s’annonçaient, en novembre 2020 et donc en pleine crise sanitaire, le gouvernement décidait de mettre à l’ordre du jour une proposition de loi sur la « sécurité globale ». Elle a été adoptée le 15 avril dernier, devenue au cours de la navette parlementaire et dans ce qui semble être un clin d’oeil à Georges Orwell la proposition de loi nº 599 « pour une sécurité globale préservant les libertés ». En plus de l’évolution très répressive de la doctrine d’emploi de la police, la nouvelle loi sécuritaire est ainsi venue renforcer un appareil d’État de plus en plus liberticide et dont certains, y compris à l’étranger, dénoncent les dérives autoritaires.

L’appareil policier s’inspire de plus en plus de la doctrine militaire, où, comme le rappelait le préfet Lallement, deux « camps » s’affrontent et où la communication et la « gestion des perceptions » est un enjeu central du contrôle des populations : de l’« approche globale », cette doctrine qui promeut également la bonne intégration et la mise en synergie de l’armée, de la police et de « la composante civile ».

La nouvelle loi votée signale aussi la victoire idéologique d’un paradigme sécuritaire, la « sécurité globale », promue depuis la fin du siècle dernier par les marchands d’armes et de sécurité : « technologisation » et généralisation de la surveillance, mise en œuvre d’un « continuum de sécurité » regroupant y compris les acteurs privés travaillant depuis des années au développement de ces nouveaux marchés.

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