LA « PROBLEMATIQUE SÉCURITAIRE »

Concept forgé par l’école de Copenhague, « la sécuritisation est considérée par de nombreux chercheurs comme l’une des approches les plus influentes en études de sécurité ». Thierry Balzacq rappelle que « non seulement la sécuritisation se charge des questions classiques de sécurité, telles que la guerre » mais qu’elle a aussi contribué à étudier « les problèmes de sécurité indépendants des préoccupations militaires, notamment : la question environnementale, le défi migratoire et la gestion des pandémies globales. »

Cadre analytique et méthodologique, parfois considérée comme « théorie », la sécuritisation qualifie aussi les processus en œuvre, le « changement de préoccupation » qui consiste à transformer un problème social ou une question politique en « enjeu de sécurité ».

 

Le mode de gouvernement adopté par le Président de la République française depuis le début de l’épidémie de coronavirus (Etat d’urgence, Conseils de défense, …) illustre parfaitement la « sécuritisation » – la « transformation fonctionnelle d’un problème en enjeu de sécurité » – à l’oeuvre dans la gestion de ce qui aurait pu rester une question sanitaire et de santé publique.

Les « trois piliers » de la « “grammaire” de la sécuritisation » décrite par Thierry Balzacq y sont réunis :

– « oligarchie de la prise de décision, tout se prend dans un cercle très restreint » ;

– « clôture des options politiques : quand on sécuritise, on se prive – volontairement ou involontairement – de saisir les autres significations et les autres chaînes causales » ;

– et « restriction drastique de la délibération publique – on ne délibère plus car les termes du débat sont posés par la déclaration de danger sécuritaire. »

Ce processus de « sécuritisation » de certains enjeux politiques s’inscrit dans le développement d’un paradigme sécuritaire, la « sécurité globale », qui a émergé dans les milieux néo-conservateurs américains proches des cercles de réflexion et de l’industrie militaires après la chute du mur de Berlin et alors qu’était crainte une baisse des budgets militaires.

La « problématique sécuritaire » s’est ainsi peu à peu élargie aux questions et défis sociétaux (immigration, terrorisme, certains types d’engagement syndical, politique ou religieux ou de criminalité, de délinquance et d’« incivilité »…), depuis peu environnementaux et maintenant, donc, sanitaires, imposant non seulement son mode d’appréhension des problèmes et des enjeux, mais restreignant aussi l’éventail et les modalités des solutions et réponses qui peuvent y être apportées.

En savoir plus :

Qu’est-ce que la « sécuritisation » ?, Interview de et Sarah Perret et Thierry Balzacq, Esprit de justice, France culture, 3/3/2021. Thierry Balzacq est l’auteur de l’article Théories de la sécuritisation, 1989-2018 (revue Études internationales, Volume 49, Numéro 1, Hiver 2018, p. 7–24) dont sont aussi issues certaines des citations du texte.
— Le film
Sécurité globale, de quel droit? réalisé par Karine Parrot et Stéphane Elmadjian, AGITI Film, 2020.

 

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